Migraaaants

Adaptation de la pièce de Matéi Visniec

A propos du recueil : il retrace l’itinéraire de ces réfugiés, de ces migrants, qui tentent de rejoindre l’Europe. Un parcours terrible, symbolisé par les quatre « A » du titre, comme pour pour mieux évoquer la longueur du voyage en mer qu’ils auront à vivre. A la lecture, on passe du rire aux larmes. Les émotions, multiples, fortes, se mélangent, se bousculent.

 

A propos de l’adaptation : nous avons fait une sélection et une adaptation des textes les plus grinçants, les plus drôles et les plus poignants. Ce spectacle, se veut comme un témoignage. Qui nous rappelle que aujourd’hui, plus que jamais, dans notre monde globalisé, nous sommes tous des migrants…

 

 

 

L'équipe du spectacle

Texte : Matéi Visniec

Adaptation : Bruno Abadie
Distribution : Madleen Martino (ou Chloé Rodriguez), Badradine Reguieg,  Silvia Rossini et Bruno Abadie

Création lumière : Antoine Dufour
Création sonore et musicale : Antoine Dermaut
Affiche, décor et accessoire : Marc Etiève
Mise en scène : Bruno Abadie

pour tout public à partir de 10 ans

durée : 1h25

Prochaines dates

12.10.2018

20:30

10.11.2018

20:30

  • Critique La Théâtrothèque

    par Bastien Tournié

    La théâtrothèque
    Publié le 14 Janvier 2018

    Ce texte retrace le terrible voyage que des millions de personnes, de réfugiés et de migrants doivent éprouver, durant des mois, pour rejoindre une terre supposée libre de droits. Fuir la guerre pour ne pas mourir, fuir son pays pour se nourrir, fuir sa famille pour ne pas en finir, tant de personnes pour un seul but : aller en Europe. Cette Europe, victime du réchauffement climatique, se voit submergée par la chaleur des migrants, par un tsunami migratoire sans précédent, laissant de côté notre profonde humanité.

    Ces personnes si fortes, si riches de cœur, pourraient nous faire croire un plaisir de voyager où retrouver un sourire enjaillé par la vie, symbolise leur croisade. Mais grâce cette adaptation de Bruno Abadie, nous comprenons, nous attestons, nous constatons que ces « migrants » quittent leur quotidien parfois effondré sous la ruine, parfois enterré dans leur cave, en espérant un univers meilleur mais peut être bien trop utopique pour une croisade d’enfer. Cette absurdité morbide laisse flotter leurs envies de vivre. Tel un passage, les personnages avancent à travers les saisons, affaiblis par la froideur de la chaleur, fatigués par la chaleur de la froideur, blessés par le jeu de lumière et de l’écho musical, qui nous rappellent le son assourdissant de la guerre. Cette pièce de théâtre marque le périple intraitable, détestable et irresponsablement responsable, de ces personnes où leurs souffles s’éteignent pas à pas, où leurs battements de cœur ralentissent peu à peu. Elle nous propose un tableau miroir sur autrui et sur nous-même. Qui sommes-nous ? Nous sommes tous des migrants, nous sommes tous sur le même bateau. Les mots sont dits et exprimés tout au long du spectacle d’une manière manifeste. Enragée, effrayée, cette pièce fait froid dans le dos, comme pour évoquer les migrants tombés à l’eau. Humainement inhumaine, cette adaptation originale transporte nos visions de pensées devant la face d’une exposition cachée d’un trafic où les itinéraires et les obstacles surnagent.
    Mais nos pensées sont influencées par les médias, montrant les situations les plus catastrophiques pour faire renoncer la migration. La preuve est donnée par la mise en scène de Bruno Abadie, où des échanges diplomatiques donnent naissance à des manipulations, où des publicités jouées mettent en œuvre la propagande d’objets repoussoirs du « migrant ». En effet, cet individu, dirons certains, malhonnête, impropre, fuyant le no man’s land se retrouve dès lors la proie à abattre. Du barbelé pour se protéger, une batte de baseball pour le frapper et s’assurer de sa mort, n’est pas le rêve espéré par tant de personnes venues chercher un peu d’humanité naturel loin de leur monde sauvagement détruit. Protéger nos frontières, stopper leurs envies de bâtir, les médias peuvent influencer les flux, les politiques peuvent jouer double jeu, mais les passeurs ne cessent d’envoyer à la morgue ces innocents. Ne parlons plus de clandestins ou d’immigrés, les médias parlent déjà de migrants. Ces migrants enrôlés dans la traversée de ces passeurs sont démunis. Cette pièce de théâtre nous fait voyager avec eux, le long de leur traversée, à côté de leur espoir enchanté et déjoué. Plusieurs scènes pour décrire leur monde mettent en lumière chacun, ceux qui partent, ceux qui essayent de vivre. Des passeurs jettent à l’eau les clandestins de leur bateau, des passeurs qui eux aussi doivent nourrir leur famille, des passeurs qui vendent du rêve. Manipuler, par la croyance ou non de Dieu, par les mots utilisés, les migrants sont prêts à tout pour avoir de l’argent, pour vivre et faire vivre leur famille, même au détriment de leur corps mutilé ou de leurs battements de cœur assassinés.

    Ces migrants viennent du Pakistan, d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak, de Lybie, d’Algérie, et bien d’autres pays encore, là où les droits de l’homme laissent place à la lutte pour la paix. Mais ces droits de l’homme ne sont parfois pas présents en Europe, en France où chacun pense à soi, où la peur de l’étranger repousse l’entre aide. Cette tragédie est racontée de matière troublante, devant nos yeux, afin de casser l’indifférence que nombres de personnes portent sur son prochain. A travers une absurdité juste, une dramaturgie réelle, un humour noir, les personnages nous embarquent vers le quotidien d’un président de la République perdu, d’un conseiller pervers, des hôtesses du « Salon du barbelé » irréaliste, des passeurs fous et bien évidement des migrants.

    Comprendre et connaître notre identité, rester humble et ne pas juger, travailler ensemble pour la paix, ces phrases résonnent devant les crimes des droits universels. Loin d’un repli sur soi, cette adaptation originale de la pièce de théâtre de Matéi Visniec, nous interroge sur nous et nos pratiques, sur ces errants, luttant contre vents et marées, sans trouver de solutions pour un vivre ensemble. Cette œuvre théâtrale montre les intérêts de chacun, expose les risques de cet aller simple, inonde le spectateurs d’émotions par une succession de scènes ridiculisant et caricaturant la réalité, qui s’enchaînent d’un univers à l’autre sans pose, comme un symbole d’avancer, sans cesse en évitant le prix à payer : la fin. Migraaaants et non migrants, nous fait un signe sur le nombre croissant d’hommes, de femmes et d’enfants, essayant de venir en Europe. Mais combien sont ceux qui parviennent à destination ? Combien sont ceux qui parviennent à vivre là où ils sont ? Ces migrants partant un jour pour arriver peut être sur des terres moins hostiles…Marcher, nager, courir, sauter, pour passer les frontières vers un ailleurs de bonheur.

    Cette pièce de théâtre est la beauté de la citoyenneté du monde, le sourire d’écouter les personnes, l’envie d’éviter les tragédies, par une aventure artistique collectivement humaine. Les acteurs changent de rôles, les tableaux s’enchaînent donnant la place à une magistrale force de percussion. Cette pièce m’a provoqué une envie de migrer vers des frissons remplis d’émotions, vers la recherche perpétuelle de liberté, celle de partager cette œuvre. Sans être militant, sans être moralisateur, cette démonstration habille l’actualité comme un migrant traversant la méditerranée : avec brio.

     

  • Critique Le 24h

    par Mélodie Fourcade

    Le 24h
    Publié le 12 Janvier 2018

     

    Un texte à l’humour ravageur, parfois caricatural, d’une humanité qui va mal.. ou qui n’est plus.

    Des écrits bruts, qui retracent de manière authentique la tragédie de l’exil.

    Une entrée en scène forte. Sur fond sombre, des « migrants », mis en lumière, fuient. Coups de feu, l’instant qui se ralentit : la dure réalité est exposée dès les premiers instants.

    Dans la pièce, on va ensuite sauter d’un tableau à un autre. Tantôt, on sera sur un bateau dirigé par une passeur. L’instant d’après, on sera dans le bureau d’un président, totalement déboussolé par la problématique de l’immigration. Changement de décor, des publicitaires apparaissent, avides des dernières technologies à la mode… et ainsi de suite.

    Les dialogues se suivent et se complètent, d’un cadre à un autre, épisodes qui s’enchaînent rapidement, pourtant représentatifs d’une vérité déconcertante.

    Sons et lumières ajoutent au suspens et à la gravité de ces instants de vie compliqués. Une réalité pesante, un trait grossi, mais pas moins avéré, qui opprime les gens nés, ou pas, sur la bonne partie du globe.

    « Nous sommes dans le même bateau« .

    Clap de fin.

    Succès fulgurant.

     

  • Critique Le Brigadier

    par Mathieu Arnal

    Le Brigadier
    Publié le 18 Janvier 2018

     » Plus qu’un coup de cœur : c’est une claque que j’ai reçue au Théâtre du Pavé à la vision de cette pièce tiré du dramaturge Matéi Visniec. La Cie du petit matin, dix ans après avoir monté EXILS, retrace en une trentaine de tableaux, l’itinéraire de ces réfugiés qui tentent de rejoindre l’Europe. La scénographie est volontairement dépouillée car la langue de Visniec, grinçante et cynique, se suffit à elle-même. Les médias diffusant l’info en continu et les spins doctors, ces fameux conseillers de l’ombre, en prennent pour leur grade, et à juste raison. Dans la galerie de personnages proposés, les scènes avec le personnage de Elihu sont l’acmé de cette inhumanité en marche où tout s’achète et où tout se vend.Au final, cette pièce qui provoque l’effroi et la rage, d’une urgente salubrité publique est à voir absolument. «